I did it!

I did it!
Je l'ai fait!

J'AI JOUÉ AVEC LA LIR ET JE NE SUIS PAS MORTE!! *pluie de confettis, une danse écossaise au son de la cornemuse avec Nessie en arrière-plan*

Je stressais comme pas possible au début. J'ai bien failli choker mais finalement, les joueurs de la LIR sont très gentils et partagent beaucoup. Ils sont aussi très sympathiques sur et en-dehors de la scène! Bref, une très belle expérience que je ne regrette pas d'avoir vécue, et qu'au contraire j'aurais probablement regretté de ne pas y être allée! (si vous suivez mes tournures de phrase bizarres)
Vous avez eu raison, ma gang de vous autres, de m'avoir poussé dans le dos, jusqu'à me harceler pour que je joue tellement j'ai du talent! (non, ça c'est dans mes fantasmes, mais ça fait toujours du bien de le formuler. Hé!) MERCI à ceux qui ont, comment dire, cru en moi? (ça ferait pas un peu trop Messie?) En fait, merci tout court à ceux qui m'ont encouragé alors que je pissais lamentablement dans mes culottes, le visage blanc comme la mort qui aurait passé au Tide.

Bref, belles équipes, belles impros, beaux joueurs (surtout Maxime D'Aigle, hahaha! *c'est donc le fun de parler sur le banc*) BEAU MATCH! J'ai rien d'autre à dire que beau, beau, BEAU!
Ça m'a aussi convaincu définitivement de m'essayer au camp d'entraînement de la LIR l'an prochain ; j'étais vraiment mais VRAIMENT pas certaine jusqu'à maintenant - bref je chokais, quoique ça deviens une habitude. Pourtant, maintenant j'ai jamais été aussi certaine. J'VEUX L'FAIRE! YÉÉÉ!
On verra par la suite si je suis prise. Qui sait, peut-être qu'une gang de madelinots baignant dans l'impro depuis leur naissance vont débarquer et voler toutes les places disponibles - oui, les improvisateurs madelinots, c'est cool, juste à cause de leur accent.

Ça a aussi été très amusant de sortir avec les joueurs de la LIR - et Amélie - après, au Rhino. J'avais un chandail Molson Dry, donc personne m'a posé de question sur mon âge, héhé. (heureusement, j'ai tellement pas l'air majeur ... ). De belles discussions amusantes en la compagnie très virile de Kevin (un e ou un i? je me rapelle jamais.), Dominique (alias Flocon) et Geneviève (oui, Geneviève est très virile! blague poche à part). On a lancé des peanuts dans la craque de seins à Amé et on a jasé d'Uma Thurman moi et Geneviève (on s'est également trouvé une passion commune pour la demoiselle).
Et, malgré le fait que David Vigneault a des goûts complètement opposés aux miens (dès que je disais un truc, il pensait le contraire, oh combien amusant), c'était tout de même sublissime. Bref, à remettre éventuellement? (si on veut bien de ma personne fulllll pas mature!)

C'était tout. Bref, je suis happy all the time.
Bémol, j'ai une putain de grippe. Grah.

(au fait : et merde, j'ai encore rechuté. C'était prévisible, il va falloir que je m'y fasse, j'imagine. Que sa sexytude soit maudite!)

# Posté le jeudi 05 avril 2007 11:51

Modifié le vendredi 07 septembre 2007 13:27

:: les yeux d'un labrador ::

Il avait les yeux d'un labrador.
Le regard triste d'un être perdu, le corps d'une chose qu'on a trop usée, sa peau de la blancheur d'une craie rompue. Il vivait hors de sa boîte 'handle with care', ainsi il se brisait constamment et se réparait comme il pouvait. Il fouillait les poubelles de son âme en quête d'un morceau pour calfeutrer son esprit et empêcher ses pensées de couler et de fuir hors de sa maison intellectuelle. Il était un monument en soi, quelque chose d'indéfinissable, et de beau. Beau dans sa lourdeur, beau dans sa lenteur de vivre et son désespoir constant. C'était sa vie.
Il marchait toujours comme un vieillard, le dos courbé, les épaules renfermées sur son cadavre décharné, une sorte de barrière haute sécurité pour son c½ur. Ses côtes étaient une véritable prison qui l'encageait et de ce fait, cet organe pulsait jour et nuit à s'en déchirer les flans dans une vaine tentative de s'échapper et de risquer une deuxième chance ailleurs, où il serait peut-être utile à autre chose qu'à 'maintenir en vie' cette petite chose fragile.
Ce mur de Berlin sur le point de s'écrouler ne vivait que pour rêver. Rêver d'ailleurs, d'une autre époque, d'un temps inexistant sur le cadran holographique de sa montre en plastique froid. Il cherchait à s'échapper, à s'évader de la mornitude incontestée de sa vie qui s'était métamorphosée en le pire des pénitenciers. Celui où on est libre de fuir, mais le même qu'on ne parvient jamais à quitter. Il n'y avait pas de serrure, ni même de porte pour le condamner, mais pourtant il restait là, à ne rien faire en rêvant de s'envoler.
De partir ailleurs, voyager dans un monde qui n'existait pas, vivre des aventures qui n'étaient pas permises. Il se fichait un peu des autres. C'était sa manière d'aimer. Il se fichait de votre vie, vous vous fichiez de la sienne. Vous étiez quittes. Il ne fallait pas chercher à comprendre, ni même à guérir - car c'était la pire des maladies qui le rongeait : vivre.
Mais de cette vie dont on ne veut pas. De cette vie qui était désirée par tous les autres, sauf vous-même, en l'occurrence la personne principalement concernée.
Ses souliers étaient à l'image même de sa personne : usés. La semelle baillait d'un côté, les lacets à moitié défaits, le logo d'une marque insipide effacé. Il marchait comme marche un mort : il ne marchait donc pas. Il glissait en permanence sur le sol, si fatigué qu'il ne prenait plus la peine de lever ses pieds. Les mains toujours dans ses poches, son dos voûté, ses yeux bordés de cernes, et son âme souillée par la douleur de l'existence profonde.

C'était un jour ordinaire, un jour comme les autres. Pourtant, une seule chose différait de notre quotidien : la journée passa, rien ne se passa. Il ne vint pas. Les jours filaient à la même lenteur, mais il n'était toujours pas là. Et plus les jours se succédaient, plus cette impression qu'on ne le reverrait jamais s'imprimait dans notre mémoire d'une encre encore plus indélébile que les marqueurs qu'on était habitué de sniffer en classe. Il ne revint effectivement jamais.
Il était parti de son propre gré, il ne regrettait pas. Il avait passé cette porte invisible soutenue par nos propres barrières mentales, le barrage avait cédé et il avait profité du courant pour mettre les voiles vers un horizon intouchable par le commun des mortels, assis sur le pont de son petit voilier blanc et rouge, en regardant les étoiles défiler telles des mouches au cul en feu.
Les contrées qu'il explorerait pour l'éternité resteraient secrètes et sauvages, ses aventures seraient sans doute plus extraordinaires que tous ces films à la con qu'on regarde le samedi soir, mais à la seule différence qu'aucun témoin ne serait présent pour calquer l'idée et reporter les faits dans cette déformation si propre à l'être humain.
Dire qu'un seul instant avait suffit. Seulement un bruissement, le bruit d'une âme qui s'élève et qui s'envole par la fenêtre du sous-sol.
Le temps de le dire, et il était déjà de l'autre côté. Un seul mouvement de doigt, un clignement de paupière, puis l'abîme. L'abîme infini s'offrait à lui comme le plus merveilleux des trésors, comme la délivrance la plus inespérée.

Peu à peu nous perdîmes un peu de vue celui qu'il avait été. Nous le connaissions peu malgré tout. En fait, nous ne le connaissions pas. Que dire de ce mystérieux secret qui avait traversé le cours du temps un moment de notre vie, juste assez pour nous envoyer la main en s'éloignant doucement, ses contours de plus en plus solubles dans l'image ambiante?
Nous pouvons seulement dire qu'il avait le dos courbé, et les souliers usés.
Il avait les yeux d'un labrador.


//Aurélie, 2007

# Posté le jeudi 29 mars 2007 22:08

Back from St-Pascal, des étoiles plein les poches et un sourire estampillé sur mon visage de cow-girl blonde


***DE RETOUR DE ST-PASCAL***

Désolée pour mon titre supra long, je suis back (in black) à Riki Down Town et ma cervelle de connasse blonde déborde d'idées, de folies et de souvenirs.

C'ÉTAIT MALADE EN SALE!!

Ça ownait solénoïdement. On a eu du beau fun, du vrai, du pur concentré! Pas une seconde je me suis sentie rejetée, j'étais toujours à ma place partout.
Sérieusement, ça change vraiment de notre environnement scolaire - passablement à chier comparé à ce que j'ai vécu.
On est genre habitué à être considérés comme des fuckés raides, nous, les improvisateurs. On fait des stupidités et les autres sont comme "Wow, ok..." ; ils ont peur de pénétrer notre monde et de jouer avec notre univers pour étendre celui-ci jusqu'à leur esprit.

Tandis que là, on était une sale gang d'improvisateurs, et de ce fait personne n'avait peur d'embarquer dans les délires des autres, c'était complètement génial. Il n'y a pas de mot assez puissant pour décrire l'amas d'énergie présente dans l'air, la complicité qui nous unissait tous, improvisateurs parmis les improvisateurs.

J'ai rencontré du monde infiniment beau. Sérieux, tout le monde était cool, personne ne se prenait au sérieux ; on s'est fait des amis je crois. Ou du moins, des connaissances avec affinités. Bref, on rockait tous la baraque, et je crois que presque personne ne se pilait sur les pieds, du moins volontairement for sure.

Je suis contente de la performance qu'on a offert. Pour une première année de tournoi, on a assuré. C'était beau et très bien construit, on aurait pu se planter solénoïdement mais on l'a pas fait.
Seul petit bémol, on était peut-être trop sérieux et trop généreux. On a été avares en punchs, pour vrai. Et on donnait beaucoup de chances aux autres équipes, qui prenaient bien leur place, mais on leur en donnait encore un petit bout et c'était peut-être un peu con. M'enfin, ce qui est fait est fait, on a gagné de l'expérience, on a eu un des plus beaux fun de notre existence et je crois que c'est ce qui compte.

Ce qui est plate aussi, c'est que la majorité d'entre nous ne peut pas y retourner vu qu'on est en secondaire 5. Y'a juste Marc qui va revoir tout le monde.
Enfin, on ira en accompagnateurs ou en visiteurs incognitos :)

Sinon, j'ai une petite liste de faits cocasses et de personnes capotantes qui se sont déroulés et présentés sur 3 jours, mais j'en oublie probablement une tonne, une tonne, une vraie grosse criss de tonne! C'est pas très grave puisqu'on a capté ces moments-là sur le vif, et c'est infiniment plus beau d'avoir tellement de moments absurdes qu'on est pas capable de s'en rappeler que de tout lister et finalement découvrir qu'on a eu moins de plaisir qu'on pensait.

:
- La gang d'improvisateurs de la prestigieuse LIPH hurlant Love Hurts dans le minivan, en faussant et en suivant pas pantoute l'air, ni le beat (surtout Marc)
- Le match versus Les Fous du Bled, qui sont aussi ma gang préférée! On a eu vraiment du fun avec eux, nos voisins complètement capotés! Mention spéciale au Mini Vincent Roulant, au Capitaine délirant (pardon Homme de ma vie #34, j'ai égaré ton nom dans un coin obscur de ma mémoire d'andouille pervertie par Nirvana), au petit Léo et son nom coquèquin, et à tous les autres, vous êtes franchement géniaux.
- Les Spounes et leur religion sur les cuillères, qui sont dé-fi-ni-ti-ve-ment mon équipe coup de coeur du tournoi! Leur cérémonie rituelle était purement et simplement MA-LA-DE, c'était une expérience unique dont je vais me souvenir toute ma vie. J'ai également été vendue au culte des Spounes, je suis leur homologue officielle rimouskoise. Donc si vous entendez parler du Culte de la Cuillère, ce que je vais m'empresser de faire avec un enthousiasme non-dissimulé, prenez la peine de m'écouter s'il vous plaît, le jeu en vaut la cuillère (si je peux me le permettre)
- Les Dark Patate et leur mascotte totalement déjantée, vive le Captain (Simon je crois?) et son fidèle acolyte, nouveau frère d'Audray, vous êtes très amicaux!
- Les Rapty qui ownent solénoïdement ; une très belle équipe qui partage beaucoup et qui amène ses punchs d'une manière assez savoureuse merci.
- Guillaume, ma plotte à char préférée, amateur de MCR et de Fergie (oui c'est possible) ; je vais me louer Dreamgirl un jour en ton honneur et je vais me souvenir de ta passion pour les marques (et de ton abonnement à Vogue, lâche-pas champion!), de ta fougue de bon vivant et de tes lèvres de bitch.
- Samuel, mon nouveau meilleur ami gay avec qui je parle de sexe! Celui-là même qui a embrassé Nathaëlle et qui joue au baby-foot tout en douceur (contrairement avec Guillaume qui fait ça beaucoup trop sauvagement pour rien)
- PASCAL ET SON CACA POIL!!!
- Enfin, tout ceux dont j'oublie le nom mais avec qui j'ai eu l'occasion de parler et de partager de beaux moments, de belles blagues et de délires génialissimes, que ça soit à la disco, dans les locaux, sur et à côté de la patinoire, même dans la file de la caf' et dans les couloirs sombres!
- Les maudites bandes trop hautes qui ont fait pogner un retard de jeu à l'équipe ; c'était quand même très drôle de les escalader avec vigueur!
- Le french d'Érika au match des étoiles (t'es chaude Éri! Ça va te suivre toute ta vie!)
- La nouvelle expression" ça rocke solénoïdement", du dérivé de solénoïde ; dans ce cas-ci, solide = solénoïde.
- Le fait de crier CACA POIL dans un local à une heure du mat', après un long silence quasi-mortuaire.
- Bilbo le Hobbit Full Sexuel.
- Audray qui m'a attouchée et mise des milliards et des milliards de fois pendant le tournoi.
- Le Dirty Dance Manu/Guillaume.
- L'Homme-Chapeau.
- Les douches vraiment trop humides.
- Le boycott desdites douches Dimanche.
- Notre balade à moi, Guillaume et Samuel, ainsi que le fait de dire "Aaaah, pris en flagrant délit de sexe!" avec une voix tremblante à chaqur fois qu'on croisait quelqu'un.
- Mon Harem d'improvisateurs ; je me suis rendue à 14 Hommes de ma vie (le #34 inclus dans les 14)
- La découverte comme quoi je pognais supposément sans m'en rendre compte...
- L'Homme de ma vie #1 qui portait une tuque des Nordiques et qui parlait très vite (c'est pourquoi il est l'Homme de ma vie #1!)
- La pseudo-mini-chicane qui a faillie arriver entre moi et Manu pour les beaux zieux d'un improvisateur, avant qu'on se rende compte que c'était d'une absurdité totale et complètement justifiée.
- Je peux tout à fait arborer le look Texan sans avoir l'air ridicule, je suis née pour être cowgirl, porter un chapeau brun et un bandana autour du cou ; la soirée Western n'était que Vendredi soir mais je me suis promenée en étant cowgirl tout le tournoi.
- Les adieux non pas déchirants, mais pleins de bonnes pensées et de promesses de se revoir.
- Le retour à la maison, où on a torturé Marc d'une manière psychologique tellement intense que moi et Manu aurions pu être tortionnaires russes sans aucun problème.
- Samuel qui dormait les fesses sur les pieds d'Audray, ou qui bavait sur ses mollets.
- Les mollets dur comme l'acier de Fransoa, qui a tout à fait sa place dans le film 300, vêtu de son seul speedo et de sa cape, ses mollets ruttilants brillant au soleil de la Grèce Antique.
- Marc qui va devenir boucher psychopathe et qui va chopper des petits doigts toute sa vie.
- J'ai porté un chapeau de Cowboy et un bandana autour du cou au Crêpe Chignon, ce qui devait être d'une folie complètement absurde pour un observateur extérieur.
- Mon thé glacé, dans lequel j'ai voulu prendre une gorgée mémorable avant de me rendre compte que la paille était hors du verre, accrochée à l'essuie-tout, et non pas dedans comme prévu.
- Finalement, le tournoi au complet et son lot d'aventures, de personnes, de vie.

Bref, c'était d'une beauté magique. Un univers véritablement soudé et uni, une seule et même entité avec plusieurs corps, avec plusieurs bouches, mais avec un seul cerveau.
Back from St-Pascal, des étoiles plein les poches et un sourire estampillé sur mon visage de cow-girl blonde

# Posté le dimanche 25 mars 2007 21:30

Modifié le vendredi 07 septembre 2007 08:17

J'emmerde les papillons

C'est fucking'ment chiant <----- adverbe du jour ... ou de la soirée, whatever.

Ça me fait chier, oui. Ça me fait chier, me fait chier, me fait chieeeerrrr!! C-H-I-E-R!! Vas-tu falloir que je le crie plus fort, bâtard?

J'hais ça que tu squattes ma tête. T'es comme le pire des parasites : tu restes incrusté profond, genre sous la colle du plancher cheap en plastique. J'ai beau me répéter que c'est pas possible, que je rêve en couleur Haute Définition, que je me fais des idées noires (également Haute Définition), t'es là quand même. J'essaie de me ramener doucement à la réalité, de pas chuter en bas de cinq étages, de plutôt prendre les escaliers. Mais chaque fois, monsieur me pousse du haut du toit. Hon.
J'ai honte. J'ai honte de pas pouvoir empêcher mon regard de converger vers toi, comme un espèce d'automatisme ancré dans ma mémoire vive. De boire tes paroles comme un alcool distillé, de m'enivrer de tes silences où toi seul est le maître de tes pensées. Je suis saoûle de toi.
Chacun de tes mouvements dégage une sensualité des plus étranges. C'est peut-être parce que le mot sensuel ne cadre pas vraiment avec ta personne. Où plutôt, que ça cadre parce que tu le fais pas exprès. Tu fais pas exprès d'être sexy, t'en a même pas conscience, c'est juste comme ça. C'est tout.
J'aime ça regarder tes yeux, ta peau, tes mains. T'es une espèce d'oeuvre d'art humaine.
Mais moi, comme une petite fille naïve, je m'écorche les doigts sur le barbelé qui entoure ton corps, ta tête.

Si t'en étais seulement conscient, ce serait du sadisme purement cruel.

# Posté le mardi 13 mars 2007 22:26

::Étienne::

Étienne était comme un lion.
Avec son immense crinière de cheveux flamboyants, sa tignasse toute sale et emmêlée comparable à une vadrouille, ses yeux emplis de la même sérénité que le roi de la jungle, mais surtout ses mains. De gigantesques pattes lourdaudes, poilues, aux ongles sales et tachés de café. Il buvait tellement de café que ça s'imprégnait même jusque sous ses ongles.
Putain.
Et il était assis là, au milieu de la tablée, les coudes appuyés avec nonchalance sur une pile de sous-verre crottés, le visage enfumé par une cigarette, des miettes de pain plein les cheveux. Il nous regardait tous avec deux petits yeux bruns dorés, il nous regardait parler de nos vies aussi insipides que la bière tiède devant lui, cette même bière à laquelle il n'avait pas touché de toute la soirée.
Étienne ne buvait pas. Il fumait. Il fumait pour nous tous ici, qu'on soit deux ou qu'on soit dix. Il y avait toujours de la fumée là où Étienne passait, un nuage gris et soyeux l'enveloppait partout où il allait. Dehors, à l'intérieur, aucune importance. Il sentait la fumée, il était la fumée.
Et maintes fois je le regardais, un peu pudique, un peu gênée, je le regardais poser ses lèvres sur la seule femme qui avait à jamais touché sa bouche. Il l'embrassait goulûment, comme le plus doux des amants, une caresse soyeuse, il tirait une bouffée avec tellement de soins et d'attention qu'on eût dit que la cigarette était faite de verre. Comme s'il la protégeait des intempéries extérieures, posant sa main, pourtant si grosse, de manière à l'habiller d'un instinct paternel.
Chaque fois qu'il inspirait, c'était comme si il faisait l'amour. Les yeux mi-clos, il savourait cet instant où la fumée quittait le bout de sa clope pour traverser le filtre et pénétrer dangereusement sa bouche, jusque dans ses poumons. Il devenait rouge, si rouge que ça jurait affreusement avec ses cheveux. Son immense poitrine se soulevait, on voyait les boutons de sa chemise défaite imprégner de petites marques écarlates sur sa peau épaisse comme un tronc millénaire. Et le temps semblait s'arrêter, les lumières s'éteignaient pour laisser Étienne seul avec son orgasme, ce même orgasme qu'il recrachait un instant plus tard par le nez. Deux jets de fumée grise, toxique, d'un poison encore plus vénéneux et sournois que tout ce qu'on pouvait consommer d'illicite autour de cette table.
Pourtant, lorsque Étienne fumait, je ne pouvais m'empêcher de trouver cela beau. Beau de voir cet homme traiter sa cigarette comme la femme qu'il n'a jamais eue, d'entrer en communion avec ce morceau de tabac roulé, de lui livrer ses pensées, ses rêves, sa vie.
J'étais probablement envieuse, voir même jalouse, moi qui ne m'était jamais faite manipuler de la sorte. Jalouse que ça soit un objet sans aucune conscience qui possède cette attention si particulière, si unique.
C'était peut-être parce que j'avais fumé un peu trop de drogue, mais il m'arrivait de penser qu'en fait, la cigarette était bel et bien une femme, une vraie. Qu'Étienne la nourrissait et l'entretenait en lui donnant le plus beau des cadeaux : sa propre vie. Et je trouvais cela infiniment plus beau que tout autre type d'amour – car, celui-là était libre.

Mais Étienne est mort maintenant. Consumé par le feu qui naissait de ses poumons pour s'élever jusqu'à ses cheveux. Elle aura eu raison de lui jusqu'à son dernier souffle, elle aura emporté dans sa tombe son dernier soupir rauque. Même sur son lit de mort, Étienne fumait. Et les yeux aussi cernés qu'un malade en phase terminale, le teint parcheminé à force d'avoir fumé, les doigts engourdis par la mort, il portait inlassablement ce petit bâton à ses lèvres desséchées. Jusqu'à la toute fin.
J'ai vu les ambulanciers emporter son corps abandonné par la vie, sa carcasse toute molle et flasque, son crâne à demi rasé à cause de la chimiothérapie. J'ai vu de parfaits inconnus emporter ce qui restait de celui qui fut, autrefois, mon frère. J'étais consciente que c'était là le moment de lui prodiguer mes derniers adieux, d'adresser un dernier salut à celui qui avait quitté ce monde l'esprit en paix. J'arrivais à le voir sortie de cette pièce en même temps que son propre corps, la main dans sa poche, sa chemise défaite, déjà en train de se rouler une petite amérindienne de l'au-delà.
Et les yeux bordés de larmes, je n'ai pu que sourire.
J'ai ensuite allumé ma propre cigarette en la tendant vers le ciel, pour qu'il la savoure avec moi.


//Aurélie, 2007

# Posté le lundi 12 mars 2007 19:46